Article écrit avec Françoise Hugon et Richard Zeller (maîtres E, Val d'Oise) 

 

Dans le cadre de la prise en charge des élèves aux besoins éducatifs particuliers (BEP), il se développe de plus en plus la co-intervention.

 

Cette pratique professionnelle, si elle n’est pas habituelle, amène à des changements et à des vigilances. Elle entraîne également des effets bénéfiques pour l’élève.

 

Lorsque le maitre E intervient en classe, deux professeurs travaillent ensemble. Il est peut-être nécessaire au préalable d’instaurer un « contrat de travail » en clarifiant des objectifs de la venue du maître pour rassurer éventuellement le professeur qui accueille. Sa venue en classe peut être de différentes natures : observer un élève, l’accompagner ou co-animer.

 

- Observer un élève consiste à porter un regard objectif sur les actions de l’élève. C’est noter, comme un scénario, des faits objectifs de ce qui se passe, en mettant de côté une analyse trop rapide. Cette observation peut se faire sur plusieurs séances afin de procéder à une collecte de faits. Ensuite pourra se faire une analyse, en repérant les faits similaires, les besoins prioritaires et les objectifs qui en découlent.

 

- Le maître E peut aussi accompagner un élève en classe. Sa présence à ses côtés a été définie au préalable. Nous pouvons y trouver les axes d’intervention suivants : mise en projet de l’élève, reformulation des consignes, proposition d’une autre démarche d’apprentissage, valorisation d’une réussite même minime… Le maître E, pour se différencier du rôle de l’A.V.S, doit apporter ses compétences spécifiques au service des apprentissages.

 

- La co-animation peut prendre plusieurs formes :

-travailler sur une compétence commune de la classe avec des élèves BEP mais avec des objectifs prioritaires et des moyens adoptés,

-mettre en place de manière effective la différenciation pédagogique,

-proposer une démarche d’apprentissage pour permettre l’accès au savoir.

 

Pour y parvenir, plusieurs étapes sont nécessaires :

-tout d’abord, une co-construction de l’aide. Cette première étape consiste à analyser des difficultés observées des élèves,

-ensuite un temps de co-élaboration d’outil et de démarches correspondant à la réponse pédagogique,

-enfin, la co-intervention qui consiste à la mise en place de la réponse.

Nous avons donc les trois étapes suivantes : analyse, réponse, action.

 

Une autre forme de collaboration peut se vivre aussi en dehors de la classe. Pour garder cet esprit de co-intervention, l’écrit devient une démarche indispensable. Il permet de consolider le transfert entre les objectifs de la classe et ceux du regroupement d’adaptation.

 

Nous pouvons y trouver :

- Les faits observés,

- Les points similaires de l’observation,

- Les évaluations,

- Analyse des erreurs,

- Définition des besoins prioritaires,

- Les compétences à travailler avec les nœuds de complexité,

- Les objectifs d’apprentissage,

- Les moyens dominants utilisés,

- Les supports (ceux de la classe ou d’autres)

- Les séances prévues,

- Le bilan

 

Les bénéfices de cette approche par co-intervention sont indéniables. Elles sont de différentes natures :

- Une observation objective et fine de l’élève en repérant des similitudes dans les faits et des points positifs repérés et à valoriser,

- Une compétence travaillée identique évitant le « déclassement » (sortir de la classe et creuser un fossé entre le « niveau » des élèves),

- Un accompagnement individualisé avec des objectifs et des moyens adaptés définis au préalable,

- Un apport spécifique du maître E : la métacognition, des approches spécifiques en lecture et en mathématiques …

 

La co-intervention appelle à plus de professionnalisme en portant sur l’élève un regard objectif. Ce travail de co-construction entre le maître de la classe et le maître E permet d’enrichir l’analyse et l’accompagnement de l’élève aux besoins éducatifs particuliers.

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