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        Dans cet article, je vais continuer à montrer mes évolutions de compétences. La formation d’adultes est différente de l’enseignement dans sa préparation, les choix des objectifs et le dispositif.

        Les enjeux ne sont pas les mêmes dans l’enseignement et dans la formation. En  effet, dans la classe, les élèves reçoivent un apprentissage de compétences disciplinaires définis par des programmes. Dans la formation, les adultes cherchent à développer des compétences personnelles et professionnelles, répondant à des besoins ou des attentes (ce qui n’est pas le cas dans l’enseignement). Alors la formation doit proposer un travail pour une éventuelle transformation des pratiques de la personne. Par cette démarche, je suis dans une autre famille de compétences correspondant à  la conduite et l’accompagnement de démarches réflexives (Famille S.1).

Dans un premier temps, j’ai dû réfléchir à ce qu’est l’accompagnement et à ce qu’il engendre. Pour moi, c’est un état d’esprit particulier. Ainsi, j’apprends, en tant que formateur, à rester attentif et concentré sur ce que disent les participants. Pour l’avoir vécu, c’est instaurer une bulle d’écoute, pour être le plus disponible à ce qui se dit, s’échange et se vit dans le groupe. Accompagner, c’est être vraiment dans une disponibilité d’écoute. Dans la formation, comme je la conçois, il est important de venir avec cet état d’esprit et cette capacité de se décentrer au service des personnes en formation.

En ce qui concerne la conduite des démarches réflexives, je pense que la formation d’adultes est avant tout une analyse des pratiques. Elle doit permettre aux enseignants d’en prendre conscience en permettant la mise en mots de ce qui est fait en classe. Ensuite viendra le temps de l’analyse, en lien avec des règles professionnelles et des théories.

Pour y parvenir, je tiens au préalable à « prendre en compte les aspirations et les attentes des personnes en formation » (S.1.6.). Dans mon métier d’enseignant, je ne tiens pas compte de ces dimensions. En effet je suis centré sur un programme à faire acquérir aux enfants. Je ne les questionne pas sur leurs attentes. Maintenant, en formation, je demande à chacun des participants leurs attentes de la journée en lien avec les objectifs de formation. Ainsi je vérifie tout de suite si ma préparation correspond aux attentes pour la réajuster éventuellement en insistant sur un point particulier. Ou alors je peux recadrer les demandes des participants, si celles-ci sont trop éloignées des objectifs, afin que le contrat didactique soit clair dès le départ.

Dans la préparation, il existe une autre différence entre enseignement et formation. En effet, une des tâches à effectuer en formation est d’analyser les besoins des formants. C’est une tâche délicate mais un point de départ essentiel à tout acte de formation. Pour moi, « formuler des besoins de formation en vue de faire évoluer les pratiques » (1.1.1) est une question centrale qui m’amène à plusieurs interrogations : Comment les formuler ? Avec qui ? Quels moyens ai-je pour les connaître ? Comment les formuler dans le cadre d’une formation pour adultes ? Je trouve cette capacité très difficile. Dans l’enseignement, on ne se préoccupe pas de ces questions. Même si les besoins peuvent être évoqués, ils ne sont pas une priorité à traiter.

La compétence sur les besoins et les attentes se travaille en parallèle avec celle de « construire son action de formation » en définissant « des finalités et les objectifs en lien avec les projets personnels, professionnels et institutionnels » (S.1.1). Les objectifs dans l’enseignement sont centrés principalement sur des connaissances et leur utilisation. En formation, une fois les besoins identifiés, ils seront traduits en objectifs de formation centrés sur les stagiaires en partant d’un vécu personnel et professionnel, tout en étant liés à des obligations institutionnelles. Aussi, je pense à la loi sur le handicap qui oblige l’accueil de tout enfant. Comment favoriser cet accueil dans la pratique des enseignants ? Ici nous toucherons un aspect personnel : comment je me situe par rapport au handicap ? L’aspect professionnel et institutionnel pourrait se traduire de la manière suivante : comment je réponds dans ma pratique à cette loi ?  La différence avec l’enseignement est que les objectifs partent d’un programme, d’un socle commun. On ne part pas des préoccupations des « enseignés », à l’inverse de la formation d’adultes. Le passage des besoins des « se formant » à la formulation d’objectifs de formation est délicat. Pour y parvenir, une autre compétence est à prendre en compte.

             Le formateur doit réfléchir aux compétences à développer, aux acquis des « se formant », aux savoirs, à l’évaluation et aux stratégies de formation (compétence 1.1.4). Une fois le besoin identifié, ainsi  que les enjeux des participants de la formation, je dois identifier les compétences qui je cherche à faire développer. Cet aspect du travail est fondamental mais n’est pas simple. Il n’est pas aisé, à partir d’une commande, de formaliser des objectifs qui correspondent aux attentes des participants et à leurs compétences à développer. Pour moi c’est un travail d’analyse qui me demande du temps afin de les formuler correctement. De plus, il faut tenir compte des différences des acquis de chacun. J’ai pu vivre cette expérience. J’ai dû faire avancer le groupe en tenant compte des conceptions et des pratiques parfois contraires. Pour certaines enseignantes le niveau de compétences demandé était trop exigeant. C’est à moi dans mon dispositif d’anticiper ce genre de situation. Pour m’aider, j’énonce des objectifs pédagogiques, essentiels pour l’avancée de la formation. Ils me permettent d’atteindre l’objectif de formation et de vérifier l’utilité et le sens de chaque temps de la formation.

Une de mes préoccupations, après mes premières expériences, est de « formaliser les conditions pédagogiques et didactiques, en vue de transfert des acquis de formation dans les situations de travail » (1.1.6). Pour se faire, je suis parti d’une méthode de travail, où je me mets dans la position d’un « se formant » et j’essaie de voir ce qui fait du sens dans ma proposition de formation. Dans l’enseignement, les situations pédagogiques proposées sont factices. La préoccupation de l’enseignant n’est pas de savoir si les jeunes savent écrire une lettre en rentrant chez eux mais qu’ils sachent le faire lors d’une situation d’évaluation déterminée, à un moment donné (même si l’évolution pédagogique, avec les compétences du socle commun, doit amener à changer les pratiques). Pour moi, le propre d’une formation est de travailler sur l’activité réelle des enseignants et de leur permettre d’enrichir leur pratique et de vivre autrement leur quotidien professionnel. Dans l’enseignement, on ne cherche pas à ce que l’élève vive mieux ses apprentissages. L’objectif est qu’il acquiert des connaissances, des capacités et des attitudes utiles dans le cadre de la classe, afin de passer dans le niveau supérieur. Il n’existe pas cet aller-retour entre la pratique et le savoir, sauf éventuellement dans la pédagogie de projet. La formation d’adultes doit être effective et doit servir pour développer son métier. La différence est donc majeure.

Mais des questions surviennent : comment effectuer ce transfert entre le lieu formation et le lieu d’activité ? Comment faire le lien entre les règles professionnelles et l’évolution des compétences ? Pour moi, c’est le rôle du formateur que de montrer les liens possibles dans son dispositif pour qu’ensuite les enseignants se les emparent. 

Pour y parvenir, il est possible de partir de leurs activités de classe  afin de les remettre dans un contexte théorique pour ensuite repartir vers d’autres voies. La démarche est de partir de l’insatisfaction des enseignantes dans leur pratique, afin de proposer ensemble une autre direction. Ma préoccupation centrale est de faire en sorte que la formation permette de proposer des nouvelles pratiques, une nouvelle façon de faire en faisant des liens entre l’activité réelle des enseignants et des éléments théoriques.

 

Tag(s) : #FORMER : quelle compétence !