La question posée provient d’un ouvrage de P. Perrenoud. Je fais le lien avec une formation que j'ai menée. Des enseignantes étaient dans une  attente forte de réponses venant de l’extérieur (c'est à dire de moi) et applicables immédiatement. Or, mes choix personnels de formation m’amènent plutôt dans une dynamique opposée. En effet, j’essaie de développer une pratique réflexive auprès des enseignants.

            J’ai découvert moi-même en formation de formateur cette pratique qui est source d’enrichissement personnel et professionnel. Je souhaiterai la faire découvrir et la faire partager aux enseignants. Je m’appuierai sur les travaux de P.Perrenoud pour présenter cette posture. Il justifie cette approche car les savoirs théoriques assimilés en dehors d’un contexte d’action ne sont pas ipso facto mobilisables et mobilisés dans le traitement de situations singulières. Son idée centrale est d’exercer sereinement un métier humain en sachant au plus près ce qui dépend de l’action professionnelle et ce qui lui échappe. Le but est de porter un regard lucide sur son propre fonctionnement. Cette pratique permet de prendre de la distance par rapport à ses fantasmes de toute-puissance ou d’échec. La pratique réflexive privilégie l’aller et le retour entre le réel et sa théorisation et la capacité d’aller et venir du particulier au général.

Cette approche peut se faire à différents moments :

            - dans l’action pour se détacher de la planification initiale pour comprendre ce qui pose problème et se décentrer,

            - dans l’après-coup pour analyser tranquillement les évènements et construire des savoirs,

            - avant l’action pour planifier, se préparer à accueillir des imprévus et à garder la plus grande lucidité.

            En formation, j’invite les enseignantes à entrer dans cette démarche. Je les incite à témoigner de leurs expériences et de leurs actions, pour en prendre conscience dans un premier temps. Ensuite, j’accueille leurs réflexions et leurs interrogations, sans jugement. Puis je tente de faire des rapprochements avec des éléments théoriques qui sont en lien avec le sujet de la formation pour leur permettre d’analyser leur pratique. J’ai fait ce choix didactique : plutôt que d’apporter des solutions, qui ne correspondent pas à une problématique précise et personnelle, je suis plutôt dans une posture à inviter les participants à réfléchir sur leur situation et leur problème afin qu’ils trouvent eux-mêmes des solutions appropriées. P. Perrenoud préconise de multiplier les lieux où l’on prend le temps au détour d’un débat ou d’un problème, d’évoquer l’histoire de vie et les conditionnements dont chacun est le produit, sans se focaliser sur la dimension réflexive. Il est possible d’analyser des protocoles, des vidéos, des séquences didactiques, des situations, ou des dilemmes, en organisant des débats.

            Or, cette façon de travailler ne correspond pas à tous les participants. Ce n’est peut-être pas leur projet. P. Perrenoud le dit clairement : former à une pratique réflexive alors que les stagiaires attendent des recettes est voué à l’échec. Il existe des explications aux résistances éventuelles à ce type de formation. P. Perrenoud demande pourquoi former à réfléchir alors que cela paraît aussi naturel que de respirer ? Il rajoute que la paresse intellectuelle inhibe certainement la pratique réflexive. De plus, les enseignants qui veulent laisser leurs soucis professionnels à l’école ne deviennent pas des praticiens réflexifs, pas plus que ceux qui sont accablés par des ennuis de santé ou d’argent. Je prends conscience que la pratique réflexive ne va pas de soi. Elle ne correspond pas à tous les enseignants. Je dois le savoir. Mais je peux montrer la voie. Si je veux amener les « se formants » dans cette posture, je dois savoir aussi être un exemple en citant des témoignages professionnels qui me questionnent et m'amènent à réfléchir. C’est pour cette raison qu’on demande aux formateurs d’être des praticiens réflexifs plutôt que des enseignants exemplaires et d’accepter de partager leurs interrogations et leurs doutes avec leurs stagiaires, autant que leurs convictions et leurs certitudes (P.Perrenoud).

         

 

 

 

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