J’ai pu constater au cours des formations que la plainte de la part de « se formants » est un phénomène courant qui m’interpelle. Même si j’ai pris la posture de l’accepter et de l’entendre en formation, qu’en faire ensuite ? Elle concerne différents domaines : le système éducatif, l’institution, la formation (les droits d’y accéder, ses manques), son supérieur hiérarchique, son collègue binôme, sa solitude face à des problématiques de classe, par exemple.

            Comme je l’ai dit, j’ai fait le choix d’entendre ces plaintes. Je rajouterai que cela est possible dans un cadre éthique que, lors de mon introduction, je précise. En effet, j’annonce généralement que les paroles dites et échangées entre les personnes du groupe se font dans le respect de chacun (cf articles sur l’éthique L'Ethique ). Je me rends compte aussi maintenant que je peux préciser que cette exigence s’adresse aussi pour les personnes extérieures au groupe : pour les individus qui ne sont pas dans notre espace au moment précis de la formation. Je fais le lien avec un article d’Eric Delabarre (Secrétaire Général de l’E.C.), sur l’exigence de la liberté, celle qui impose à faire des choix link. En effet, on peut être libre de parler dans un cadre éthique défini au préalable.

            Une fois cela posé, que faire de cette plainte ? Est-elle utile ? Comment la dépasser pour les participants ? Je pense qu’une des réponses importantes se trouve dans la posture institutionnelle. Dans l’article « Former au nom de qui et de quoi » Former : pourquoi et comment ? Quelques principes. , je fais référence à ce cadre légal. Ainsi en tant que le formateur dans l’enseignement catholique je fais partie et représente cette institution. Ainsi il sera bon de rappeler les droits et des devoirs de chacun au regard des compétences professionnelles, par exemple. Il peut être nécessaire de rappeler le projet de l’enseignement catholique. Parfois, il est bon de repréciser les relations entre l’enseignement catholique et l’état. Ainsi la plainte pour la dépasser peut-être confrontée au cadre institutionnel.

            La plainte peut aussi concerner une problématique professionnelle de classe. Je prendrais comme référence théorique, Yves Clot, sur l’activité humaine. Il distingue l’activité réalisée, ce qu’on voit, et le réel de l’activité, ce qu’on ne voit pas et qui est pensé par la personne en action. Ainsi il sera possible de traiter la question professionnelle soulevée par ce biais. La démarche est d’inviter la personne à rentrer dans une posture réflexive. C'est-à-dire de lui permettre d’analyser ce qu’elle fait et pourquoi. Nous voyons bien l’exigence éthique pour rester en formation et ne pas aller dans une psychanalyse collective, qui serait une dérive grave du fonctionnement. De plus ce travail sera effectué s’il répond aux besoins du groupe. C’est au formateur de savoir évaluer la situation et prendre la décision adéquate.

            A partir de cette approche théorique de l’activité peut découler une autre piste de travail : l’analyse de pratique. Mais je mets tout de suite un obstacle par rapport au contrat didactique : est-il possible de se lancer dans cette démarche si la formation ne l’annonçait pas ? Il faudra alors poser les règles et les valeurs d’une telle pratique. Son intérêt se trouve dans le fait d’interroger la pratique à distance (Thierry Bourgoin, formateur à l’INS HEA). De plus elle n’a pas pour but d’apporter une réponse simple et générale et de transmettre de la « bonne » réponse toute faîte. La méthodologie appelle croiser les intelligences et les interprétations pour démêler les nœuds enchevêtrés.          

            Le but de ces approches vise en réalité à amener à la réflexivité (concept de Socrate). Elle vise à amener la pensée de la personne à dialoguer avec elle-même.  Dans la formation professionnelle, la pratique réflexive amène à réfléchir sur l’action pour l’action (Schön et P.Perrenoud) afin de développer son efficacité en développant un pouvoir-agir. Ce évolution positive des compétences se fait en lien avec une finalité au préalable défini, en référence au cadre institutionnel. Cette réflexivité, ce rapport à soi, interroge aussi sa propre responsabilité en tant qu’acteur dans le monde.

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