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            En cherchant à analyser une journée de formation, j’ai découvert la notion de résistance au changement. J’y trouve une interprétation à certains évènements que j'ai vécus. Je me suis appuyé sur les recherches de Didier Anzieu concernant les phénomènes de groupe en formation (« La dynamique des groupes restreints » et « Le groupe et l’inconscient »).

            L’auteur s’appuie sur les travaux de Lippitt, Waston et Westley (en 1958) pour préciser l’origine des résistances. Je reprendrai ici deux axes qui m’intéressent concernant ma situation. Une des causes se trouve dans l’attitude de « l’autorité responsable » qui ne tient pas compte de l’expérience préalable acquise par les individus qui sont amenés à changer. Il est vrai que je suis resté, par certain moment, campé sur mes postions sans écouter les pratiques de « résistants ». Je conclus que par mon attitude peut provoquer une opposition en n’entendant pas les « se formants » et faire échouer la formation.

L’autre cause de résistance peut venir des participants eux-mêmes. Ainsi la personne peut ne pas vouloir faire l’effort de modifier ses habitudes ou ses méthodes et transformer ses connaissances. Il m’est difficile de repérer certains éléments de cette expérience pour confirmer cette hypothèse. Cependant, je pointe, en apparence, une ambiguïté entre les attentes des enseignantes et le changement. Elles attendaient des réponses externes pour leurs pratiques professionnelles particulières. Pour D.Anzieu, l’alternative est bien connue : « se changer soi-même » ou « changer l’ordre du monde » qui peut s’exprimer de cette manière : « Si je me change d’abord moi-même, cela ne me sert ensuite à rien, car l’ordre du monde est inamovible. Si l’on changeait d’abord l’ordre du monde, cela me dispenserait  d’avoir à  changer moi-même. De toute façon ne changeons pas ». C’est au formateur de changer son organisation et ses méthodes, ce n’est pas à nous de changer nos habitudes et notre manière d’être. Cette résistance peut s’exprimer aussi de la manière suivante : « Ce que nous apprenons ici, bien péniblement, à quoi bon l’acquérir (demandent les stagiaires) si, revenus dans notre travail, nous rencontrons des conditions adverses qui nous empêchent d’exercer ce que nous avons appris ? » Ainsi donc, en formation, il existe pour les stagiaires un dilemme : se changer ou changer le monde.

            Une autre cause inhérente aux participants est due à l’anxiété suscitée par l’idée de changement. La résistance au changement est une réponse à un phantasme non-dit qui circule au niveau inconscient dans l’équipe, le phantasme de casse. Il est l’expression d’une angoisse de destruction qui se manifeste dans l’inconscient (auteurs : Kurt Lewin, Daniel Lagache, 1967). Les fantasmes de casse remplissent une fonction unifiante : ils proposent aux membres d’un groupe un dénominateur commun pour des angoisses personnelles de nature différente. Je formulerai ici une hypothèse sur l’association des deux enseignantes. Il est possible que la formation puisse susciter des angoisses (de manière non consciente de ma part) en remettant en cause une pratique professionnelle bien établie. D. Anzieu évoque « la peur de changer », c'est-à-dire la peur d’être métamorphosé en un autre être, analogue à la peur enfantine d’être changé en animal. Il pose la question de savoir si « toute formation n’est-elle pas une initiation, c'est-à-dire d’abord un dépouillement du vieil homme, ou mieux, le nécessaire dépouillement de l’enfance pour devenir moi-même un adulte ? Toute formation n’est-elle pas une dé-formation par un modèle imposé de l’extérieur, une aliénation de l’individu ? ». Ainsi lorsque une enseignante formule l’expression : « Y’a qu’à, faut qu’on », je peux l’analyser avec cette nouvelle donnée. En effet, il est clair que la formation amène à un changement de pratique. Peut-être avait-elle l’impression d’être obligée à le faire. Car il existe bien un modèle extérieur qui cherche à déformer ses pratiques pour lui faire devenir une autre praticienne. Cette enseignante en prononçant cette formule commençait à prendre conscience du changement qui lui était demandé et à devenir peut-être quelqu’un d’autre.

             Lors de mes premières préparations, je n’avais pas pris en compte cette dimension du changement. Elle se retrouve dans la compétence 3.1.2. qui précise qu’il faut « construire des besoins de formation en prenant en compte les attentes professionnelles, personnelles et les orientations institutionnelles », avec comme indicateurs de « repérer les objectifs de changement visés et les résultats attendus ». En formation de formateur, j’ai entendu un autre mot voisin qui m’a fait peur : transformation ! En effet, quelle responsabilité ! Je mesure la force de ce mot et de ses conséquences. L’action du formateur doit être vraiment pensée et mesurée.  Je crains également des dérives du rôle du formateur : la crainte de devenir un « formateur-thérapeute-interprétant » qui va chercher à guérir la société et à tout interpréter (Eugène Enriquez).

J’en conclus qu’il est primordial pour un formateur d’analyser ses pratiques afin d'y mettre de la distance et réaliser ce qui se passe (dans la mesure du possible).

Tag(s) : #FORMER : quelle compétence !