Dans cet article, je souhaite aborder une approche théorique professionnelle qui peut être utilisée dans l'accompagnement. Je veux parler de la clinique de l’activité développée dans les travaux d’Yves Clot. Cette approche formative engendre une posture particulière pour le formateur. Je m’appuierai sur un entretien intitulé « La recherche fondamentale de terrain : une troisième voie » link. Je retiendrai les idées fortes utiles pour faire le lien ensuite avec ma pratique.

            Quel est l’objet d’étude dans la clinique de l’activité ? Il s’agit de revenir sur l’action produite. Elle cherche à étudier les mécanismes de développement ou d’empêchement de cette action.

            Lorsque du « nouveau » se produit dans l’action, pour Yves Clot, la question scientifique majeure est bien d’essayer, premièrement, de comprendre comment se produit le « nouveau », ou plutôt pourquoi il ne parvient que si difficilement et si rarement à se produire. Les échecs sont nombreux qu’il est important d’en comprendre les raisons. L’imprévisible a une place importante dans cette démarche.

            En clinique de l’activité, c’est l’action qui se trouve au poste de commande. Et pour agir, il faut renoncer à tout prévoir, et même accepter que l’action s’engage contre le savoir (Canguilhem). Agir, sans pouvoir tout prévoir afin de savoir comment se construit l’action


            Quelle est la démarche ?  La première étape est de travailler sur l’explication pour ensuite aborder la question du « comprendre ». Sinon le savoir étouffe la clinique. P. Ricœur aimait dire, quand on lui demandait son avis sur l’opposition entre démarche compréhensive et démarche explicative, qu’il fallait expliquer plus pour comprendre mieux.

            Le problème qui se pose à l’intervenant est de lutter, dès le début de son intervention, contre ce qu’il sait déjà. S’affranchir de cette tentation est un enjeu pour le métier d’intervenant. Celui qui sait déjà peut vivre un obstacle interne pour intervenir. Ce conflit est au cœur du métier. La conquête de « l’ignorance » est la condition de possibilité de l’action au départ, comme projet et comme engagement.


            Quelles sont les finalités ? Pour Yves c’est le développement du pouvoir d’agir.  Il s’agit d’un pouvoir nouveau d’agir sur soi-même, d’un pouvoir de circulation d’une position à l’autre, d’un pouvoir de jouer avec soi-même et fixer plus haut le seuil de tolérance aux empêchements. Non pour les accepter mais pour les affronter avec plus de vitalité ou d’énergie. Pour y parvenir, il est nécessaire au préalable de pouvoir être affecté, grâce à la reconquête d’une palette de possibilités souvent insoupçonnées, qui permet de voir autrement ce qui est réalisable dans le milieu professionnel.

            De plus, pour lui, il faut parvenir à faire à nouveau autorité dans son travail en ne trichant pas sur la qualité de son rapport au réel. En nous empêchant de nous reconnaître dans ce que nous faisons, nous anesthésions notre pouvoir d’agir contre les dominations. Il invite à vivre au travail. Pour y parvenir il prend un passage de l’ouvrage de P. Lévi dans la Clé à molette : « Je crois que les hommes sont comme les chats, […] c’est rapport à la profession. S’ils savent pas quoi faire, s’ils n’ont pas de souris à attraper, ils se griffent entre eux, filent sur les toits, ou bien grimpent aux arbres et après, des fois, ils miaulent, parce qu’ils sont plus capables de descendre. Moi, je crois vraiment que pour vivre heureux il faut forcément avoir quelque chose à faire, mais pas quelque chose de trop facile, ou bien quelque chose à désirer, mais pas un désir en l’air, quelque chose qu’un type ait l’espoir d’y arriver ».

            De ces réflexions, des pistes de travail s’accompagnant de questions s’ouvrent pour ma pratique de formateur :

-       La place de l’activité : comment l'intégrer en formation ? Comment permettre à chacun d'en prendre conscience et d'expliquer son action ?  Ses empêchements ? Son développement ? Est-ce souhaitable pour chaque formation ? Et quelle démarche utilisée ?

-       La création du nouveau dans son action : comment l'autoriser ? Comment la susciter ?

-       La place du  savoir dans mes formations : quel type d'apport ? Dans quel but ?

-       Le pouvoir agir : comment l’activer ?

-       La mise en projet des participants : comment la lancer ?

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